Ce que dit l'ANSES
Le 13 avril 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a publié une alerte dans son bulletin Vigil'Anses n° 28. Elle porte sur un risque connu des professionnels, mais largement ignoré du grand public : le stockage domestique de granulés de bois peut provoquer des concentrations dangereuses de monoxyde de carbone (CO) dans un espace confiné. Plus de 2 millions de foyers français sont équipés d'un poêle à granulés.
Le point essentiel : ce CO est produit par une réaction chimique naturelle, sans aucune combustion. Le poêle peut être éteint et l'installation irréprochable : le danger vient du combustible lui-même, stocké au garage, à la cave ou dans un local technique.
L'ANSES qualifie ce risque de « rare mais devant être connu ». Ce n'est pas un danger quotidien pour chaque foyer, mais un risque réel, dont la méconnaissance peut avoir des conséquences mortelles.
Deux cas documentés
En France, dans le Haut-Rhin (2025)
Les pompiers du SDIS 68 interviennent chez un homme de 87 ans qui stockait 4 tonnes de granulés dans un sous-sol non ventilé. Leurs appareils mesurent entre 700 et 1 000 ppm de CO dans le local, soit 7 à 10 fois la valeur qui déclenche l'alarme d'un détecteur homologué. Le résident est hospitalisé. Le logement reste interdit d'accès jusqu'à l'évacuation complète du stock par une société spécialisée en matières dangereuses.
Ce scénario peut se produire dans n'importe quelle maison, quels que soient l'état et l'âge de l'installation de chauffage.
En Suisse, un décès
L'alerte de l'ANSES cite aussi un cas mortel : une femme enceinte décède après être entrée dans le local de stockage de granulés de son logement. Les pompiers y mesurent 7 500 ppm de CO. Après deux heures de ventilation intensive, la concentration n'est redescendue qu'à 2 000 ppm.
| Seuil d'alarme des détecteurs EN 50291 | 100 ppm |
|---|---|
| Mesuré dans le sous-sol du Haut-Rhin | 700 – 1 000 ppm |
| Seuil de mort rapide (moins d'une heure) | 1 900 ppm |
| Mesuré dans le local, en Suisse | 7 500 ppm |
Sources : Vigil'Anses n° 28, ANSES, avril 2026 ; rapport de retour d'expérience PEX SDIS 68 / ENSOSP 2025-03, sur le portail national des retours d'expérience des sapeurs-pompiers (pnrs.ensosp.fr).
Du CO sans combustion : comment ?
Le bois, même compressé en granulés, contient des acides gras et des composés organiques qui continuent de réagir avec l'oxygène de l'air à température ambiante. Cette oxydation lente — un peu comme une pomme coupée qui brunit à l'air — produit du CO. Pas de flamme, pas de chaleur excessive : la réaction a lieu à 15 °C comme à 25 °C. Plus le stock est important, plus la quantité de gaz qui peut s'accumuler est grande.
Ce qui rend le phénomène traître : le CO est invisible et inodore. Contrairement à une fumée, rien ne signale qu'il s'accumule. Sans détecteur, une personne qui entre dans un local saturé n'a aucun moyen de s'en rendre compte avant les premiers symptômes.
Les 5 facteurs qui augmentent le risque
- La température. Dès 15 °C, les émissions peuvent dépasser plusieurs centaines de ppm dans un local fermé. À 40 °C — un garage exposé au soleil en été — elles sont 10 à 15 fois plus élevées. Un garage orienté au sud est donc plus risqué qu'une cave fraîche.
- L'essence de bois. Les granulés de pin et de sapin émettent nettement plus que ceux d'épicéa : ils contiennent davantage d'acides gras insaturés. La composition figure sur l'étiquette ou la fiche technique du fournisseur.
- La quantité stockée. Quelques sacs de 15 kg dans un espace bien ventilé présentent un risque limité. Une tonne ou plus dans un espace confiné change tout. Les services d'incendie et de secours considèrent les stocks de plus de 10 tonnes comme à haut risque.
- L'absence de ventilation. C'est le facteur décisif. Sans renouvellement d'air continu, le CO s'accumule jusqu'à des niveaux dangereux, même à partir d'émissions faibles. Silos enterrés et locaux hermétiques sont les situations les plus à risque.
- La fraîcheur des granulés. Des granulés récemment fabriqués émettent davantage de CO que des granulés plus anciens. Les premières semaines après une livraison sont la période la plus sensible : redoublez de prudence au moment de la livraison annuelle.
Reconnaître une intoxication au CO
Signe distinctif : les symptômes apparaissent en même temps chez plusieurs personnes présentes dans le même lieu. Soyez attentif si plusieurs personnes ressentent :
- des maux de tête soudains et intenses ;
- des nausées et des vertiges sans raison apparente ;
- une fatigue inhabituelle, des difficultés à se concentrer ;
- une somnolence, voire une perte de connaissance (intoxication sévère).
En cas de douteÉvacuez immédiatement, aérez, et appelez le 15, le 18 ou le 112. Ne retournez pas dans le logement avant le passage des secours.
Les recommandations de l'ANSES
Elles sont issues directement du bulletin Vigil'Anses n° 28 et s'appliquent à tout stockage domestique de granulés, quelle que soit la quantité.
- Un local totalement isolé des pièces de vie. Il ne doit communiquer avec aucune pièce habitée : une simple porte non étanche suffit à laisser passer le CO dans le logement.
- Une ventilation permanente vers l'extérieur. Naturelle (grille basse et grille haute) ou mécanique. L'air doit circuler en continu, pas seulement lors des remplissages ou des prélèvements.
- Ne jamais entrer sans aérer d'abord. Même pour quelques secondes : ouvrez la porte en grand, éloignez-vous, attendez 2 à 3 minutes avant d'entrer. À chaque intervention dans le local.
- Un détecteur de CO homologué EN 50291. Plusieurs SDIS le recommandent près des zones de stockage. Il coûte entre 20 et 60 € en grande surface ou en ligne : c'est la mesure de sécurité la plus simple.
- Des quantités limitées. Plusieurs livraisons réduites plutôt qu'un stock annuel complet dans un espace confiné.
- En cas de doute, appeler son installateur ou son fournisseur. L'ANSES le précise : un professionnel peut mesurer le CO avec un appareil multifonctions et évaluer votre configuration de stockage.
Les trois gestes essentielsUn local de stockage isolé des pièces de vie, une ventilation permanente vers l'extérieur, un détecteur de CO homologué EN 50291.
Ce qui change pour vous si vous chauffez aux granulés
Cette alerte ne remet pas en cause le chauffage aux granulés. Le poêle à granulés reste l'un des appareils de chauffage au bois les plus efficaces, avec des rendements jusqu'à 95 %.
Ce qui change, c'est la vigilance autour du stock. Si votre local est contigu à une pièce de vie, sans ventilation permanente ou sans détecteur de CO, c'est le moment de corriger ces points. Le coût est faible : un détecteur homologué coûte moins de 60 €.
Si votre installation coche déjà les trois cases — local isolé, ventilation permanente, détecteur en place — le chauffage aux granulés est aussi sûr qu'agréable. Un bon stockage est simplement la condition de cette sécurité.
Sources citées : Vigil'Anses n° 28, ANSES, 13 avril 2026 (PDF) ; rapport d'intervention PEX SDIS 68 / ENSOSP (2025-03), pnrs.ensosp.fr. Article publié le 16 avril 2026.