Granulés et CO.
Le risque est dans le stock.

En avril 2026, l'ANSES a alerté sur un risque méconnu : des granulés de bois stockés à la maison peuvent dégager du monoxyde de carbone, sans aucune combustion. Le risque est rare, mais il doit être connu. Ce qu'il faut comprendre, et les gestes qui l'écartent.

Mis à jour le 9 octobre 2026 · 8 min de lecture

Gros plan sur des granulés de bois

Ce que dit l'ANSES

Le 13 avril 2026, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a publié une alerte dans son bulletin Vigil'Anses n° 28. Elle porte sur un risque connu des professionnels, mais largement ignoré du grand public : le stockage domestique de granulés de bois peut provoquer des concentrations dangereuses de monoxyde de carbone (CO) dans un espace confiné. Plus de 2 millions de foyers français sont équipés d'un poêle à granulés.

Le point essentiel : ce CO est produit par une réaction chimique naturelle, sans aucune combustion. Le poêle peut être éteint et l'installation irréprochable : le danger vient du combustible lui-même, stocké au garage, à la cave ou dans un local technique.

L'ANSES qualifie ce risque de « rare mais devant être connu ». Ce n'est pas un danger quotidien pour chaque foyer, mais un risque réel, dont la méconnaissance peut avoir des conséquences mortelles.

Deux cas documentés

En France, dans le Haut-Rhin (2025)

Les pompiers du SDIS 68 interviennent chez un homme de 87 ans qui stockait 4 tonnes de granulés dans un sous-sol non ventilé. Leurs appareils mesurent entre 700 et 1 000 ppm de CO dans le local, soit 7 à 10 fois la valeur qui déclenche l'alarme d'un détecteur homologué. Le résident est hospitalisé. Le logement reste interdit d'accès jusqu'à l'évacuation complète du stock par une société spécialisée en matières dangereuses.

Ce scénario peut se produire dans n'importe quelle maison, quels que soient l'état et l'âge de l'installation de chauffage.

En Suisse, un décès

L'alerte de l'ANSES cite aussi un cas mortel : une femme enceinte décède après être entrée dans le local de stockage de granulés de son logement. Les pompiers y mesurent 7 500 ppm de CO. Après deux heures de ventilation intensive, la concentration n'est redescendue qu'à 2 000 ppm.

Repères de concentration de CO
Seuil d'alarme des détecteurs EN 50291100 ppm
Mesuré dans le sous-sol du Haut-Rhin700 – 1 000 ppm
Seuil de mort rapide (moins d'une heure)1 900 ppm
Mesuré dans le local, en Suisse7 500 ppm

Sources : Vigil'Anses n° 28, ANSES, avril 2026 ; rapport de retour d'expérience PEX SDIS 68 / ENSOSP 2025-03, sur le portail national des retours d'expérience des sapeurs-pompiers (pnrs.ensosp.fr).

Du CO sans combustion : comment ?

Le bois, même compressé en granulés, contient des acides gras et des composés organiques qui continuent de réagir avec l'oxygène de l'air à température ambiante. Cette oxydation lente — un peu comme une pomme coupée qui brunit à l'air — produit du CO. Pas de flamme, pas de chaleur excessive : la réaction a lieu à 15 °C comme à 25 °C. Plus le stock est important, plus la quantité de gaz qui peut s'accumuler est grande.

Ce qui rend le phénomène traître : le CO est invisible et inodore. Contrairement à une fumée, rien ne signale qu'il s'accumule. Sans détecteur, une personne qui entre dans un local saturé n'a aucun moyen de s'en rendre compte avant les premiers symptômes.

Les 5 facteurs qui augmentent le risque

  1. La température. Dès 15 °C, les émissions peuvent dépasser plusieurs centaines de ppm dans un local fermé. À 40 °C — un garage exposé au soleil en été — elles sont 10 à 15 fois plus élevées. Un garage orienté au sud est donc plus risqué qu'une cave fraîche.
  2. L'essence de bois. Les granulés de pin et de sapin émettent nettement plus que ceux d'épicéa : ils contiennent davantage d'acides gras insaturés. La composition figure sur l'étiquette ou la fiche technique du fournisseur.
  3. La quantité stockée. Quelques sacs de 15 kg dans un espace bien ventilé présentent un risque limité. Une tonne ou plus dans un espace confiné change tout. Les services d'incendie et de secours considèrent les stocks de plus de 10 tonnes comme à haut risque.
  4. L'absence de ventilation. C'est le facteur décisif. Sans renouvellement d'air continu, le CO s'accumule jusqu'à des niveaux dangereux, même à partir d'émissions faibles. Silos enterrés et locaux hermétiques sont les situations les plus à risque.
  5. La fraîcheur des granulés. Des granulés récemment fabriqués émettent davantage de CO que des granulés plus anciens. Les premières semaines après une livraison sont la période la plus sensible : redoublez de prudence au moment de la livraison annuelle.

Reconnaître une intoxication au CO

Signe distinctif : les symptômes apparaissent en même temps chez plusieurs personnes présentes dans le même lieu. Soyez attentif si plusieurs personnes ressentent :

  • des maux de tête soudains et intenses ;
  • des nausées et des vertiges sans raison apparente ;
  • une fatigue inhabituelle, des difficultés à se concentrer ;
  • une somnolence, voire une perte de connaissance (intoxication sévère).

En cas de douteÉvacuez immédiatement, aérez, et appelez le 15, le 18 ou le 112. Ne retournez pas dans le logement avant le passage des secours.

Les recommandations de l'ANSES

Elles sont issues directement du bulletin Vigil'Anses n° 28 et s'appliquent à tout stockage domestique de granulés, quelle que soit la quantité.

  • Un local totalement isolé des pièces de vie. Il ne doit communiquer avec aucune pièce habitée : une simple porte non étanche suffit à laisser passer le CO dans le logement.
  • Une ventilation permanente vers l'extérieur. Naturelle (grille basse et grille haute) ou mécanique. L'air doit circuler en continu, pas seulement lors des remplissages ou des prélèvements.
  • Ne jamais entrer sans aérer d'abord. Même pour quelques secondes : ouvrez la porte en grand, éloignez-vous, attendez 2 à 3 minutes avant d'entrer. À chaque intervention dans le local.
  • Un détecteur de CO homologué EN 50291. Plusieurs SDIS le recommandent près des zones de stockage. Il coûte entre 20 et 60 € en grande surface ou en ligne : c'est la mesure de sécurité la plus simple.
  • Des quantités limitées. Plusieurs livraisons réduites plutôt qu'un stock annuel complet dans un espace confiné.
  • En cas de doute, appeler son installateur ou son fournisseur. L'ANSES le précise : un professionnel peut mesurer le CO avec un appareil multifonctions et évaluer votre configuration de stockage.

Les trois gestes essentielsUn local de stockage isolé des pièces de vie, une ventilation permanente vers l'extérieur, un détecteur de CO homologué EN 50291.

Ce qui change pour vous si vous chauffez aux granulés

Cette alerte ne remet pas en cause le chauffage aux granulés. Le poêle à granulés reste l'un des appareils de chauffage au bois les plus efficaces, avec des rendements jusqu'à 95 %.

Ce qui change, c'est la vigilance autour du stock. Si votre local est contigu à une pièce de vie, sans ventilation permanente ou sans détecteur de CO, c'est le moment de corriger ces points. Le coût est faible : un détecteur homologué coûte moins de 60 €.

Si votre installation coche déjà les trois cases — local isolé, ventilation permanente, détecteur en place — le chauffage aux granulés est aussi sûr qu'agréable. Un bon stockage est simplement la condition de cette sécurité.

Sources citées : Vigil'Anses n° 28, ANSES, 13 avril 2026 (PDF) ; rapport d'intervention PEX SDIS 68 / ENSOSP (2025-03), pnrs.ensosp.fr. Article publié le 16 avril 2026.

Questions fréquentes
Granulés et CO.

Mon poêle à granulés fonctionne bien, suis-je quand même concerné ?

Oui. Le CO produit par les granulés en stock n’a aucun lien avec le fonctionnement de votre appareil : c’est la réaction chimique naturelle du bois stocké qui est en cause. Votre poêle peut être parfaitement entretenu, et même éteint : le risque vient du local de stockage, pas de l’appareil.

Combien de sacs de granulés peut-on stocker sans risque dans un garage ?

Il n’existe pas de seuil réglementaire précis pour les particuliers. Les pompiers considèrent les stockages de plus de 10 tonnes comme à haut risque. Pour un garage contigu à la maison, la règle reste la ventilation permanente vers l’extérieur, quelle que soit la quantité. Quelques sacs dans un garage bien ventilé présentent un risque très limité.

Un détecteur de fumée suffit-il à détecter le CO des granulés ?

Non. Le CO est un gaz incolore et inodore, et un détecteur de fumée ne le détecte pas. Il faut un détecteur de monoxyde de carbone, homologué EN 50291, vendu entre 20 et 60 € en grande surface ou en ligne. C’est un appareil distinct du détecteur de fumée, qui est lui obligatoire dans les logements.

Le CO des granulés est-il différent du CO d’une chaudière ?

Non : c’est le même gaz, avec les mêmes effets sur l’organisme. Seule la source change. Pour une chaudière ou un poêle mal réglé, le CO vient d’une combustion incomplète ; pour des granulés en stock, d’une réaction chimique lente à basse température. Le danger est le même, le mécanisme est différent, et c’est pour cela qu’il est souvent ignoré.

Poêle en fonte allumé, de nuit

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